Infiltration d'un botnet - Cisco

Cisco a publié récemment un document très intéressant intitulé "Infiltrating a Botnet".

Nous y découvrons le travail de l'une des équipes de Cisco, lors d'investigations forensic "classiques" auprès d'un client, dans le but d'en savoir plus sur une compromission du S.I.

L'équipe de Cisco s'est vite rendue compte que de nombreuses machines du client concerné présentaient des symptômes assez alarmants, dont notamment une activité IRC sur un port exotique. Il s'est avéré qu'il s'agissait comme on pouvait le supposer d'un malware, entrant dans un schéma de botnet.

Pour rappel, le protocole IRC (Internet Relay Chat) est l'un des plus vieux protocole utilisé dans le cadre de communications entre des machines compromises (bot) et un serveur (command&control) géré par le ou les fraudeurs. Bien d'autres techniques existent, mais nécessitent plus de travail de la part des pirates. Ce protocole reste largement utilisé pour gérer des botnets "amateurs", les botnets plus professionnels déployant généralement des communications chiffrées.

Après une rapide investigation, de nombreuses machines du client ont été retirées du botnet et "assainies". L'équipe de Cisco s'est alors intéressée directement au fraudeur contrôlant ce botnet. En particulier, ils se posaient des questions sur le niveau de compétence du botmaster : était-il un "script kiddie" ou quelqu'un jouissant d'un bon niveau technique ?

Une seule façon de le savoir pour eux: après avoir surveillé le serveur IRC de contrôle du botnet en se faisant passer pour un bot, les chercheurs ont engagé le dialogue par ce biais avec le pirate. L'échange est assez savoureux. Le pirate en face semble rôdé, croyant que son interlocuteur est un autre botmaster. Du coup, il tient des propos plutôt intéressants. On y apprend que son botnet idle souvent, c'est à dire qu'il est souvent dormant, et que le pirate a récemment vendu quelques milliers de bots (800$ pour 10000 machines). L'activité majeure de ce pirate reste cependant le phishing. Le reste de la discussion tourne autour de l'underground de ce type de cybercriminalité, je vous laisse en prendre connaissance...

Je n'entrerais pas (ou si peu...) dans le troll habituel sur ce genre d'opération... Est-il éthique, pour un chercheur, de se connecter sur un serveur IRC qui est probablement hébergé sur un serveur compromis, pour aller discuter avec un fraudeur ? Les informations qui en sortent sont en tout cas intéressantes.

Enfin, s'il vous venait à l'idée de pratiquer ce genre de chose, je ne saurais que trop vous recommander la prudence : tous les botmasters ne sont pas aussi "zen" que celui présenté dans le document de Cisco. Bon nombre d'entre eux disposent de contre-mesures empêchant les chercheurs de se connecter sur leur serveur IRC, ces contre-mesures lançant généralement une attaque massive de déni de service vers l'adresse IP "suspecte", pour quelques minutes ou quelques heures...

Commentaires

1. Le jeudi 20 août 2009, 23:00 par david

Les échanges le montrent une fois de plus, les techniques les plus simples sont les meilleures. Le pirate se contente d'envoyer du spam en masse avec une pièce jointe à l'intérieur et il obtient un taux de succès de 1% (soit 100 infections pour une campagne de 10000 mails), bon score...
L'utilisateur reste le maillon faible dans ce cas.

Le meilleur moment selon moi : Le botmaster qui croit à une collision de botnets qui font interférences sur son canal IRC au moment où il voit un de ses bots qui lui parle :-)

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://bl0g.cedricpernet.net/trackback/86

Fil des commentaires de ce billet