Un peu plus de 2 mois ont passé depuis la publication du rapport de Mandiant sur APT1, il est donc temps de faire un petit point sur la question qui hante beaucoup d'esprits : les attaquants APT1 ont-ils changé leurs méthodes suite au rapport Mandiant ?

Le site CyberSquared.com nous apporte un bon début de réponse sous la forme d'un billet sur leur site. CyberSquared indique se baser sur une seule source, mais leurs propos sont néanmoins très intéressants.

Je précise à nouveau que mon but ici n'est pas d'analyser ces informations mais simplement de vous fournir une petite synthèse en français, ce qui manque cruellement dans la blogosphère française :-/

Autant répondre à la question introductive de ce billet tout de suite : APT1, également appellé "Comment Crew", a finalement changé très peu de choses dans ses opérations de maintien sur des systèmes compromis. Les domaines utilisés comme serveurs de c&c sont toujours les même, la technique n'a pas changé, et les malware ont peu évolué. A peine un changement de clef de chiffrement par ci par là, mais cela fait partie de la vie habituelle d'une famille de malware.

Voici ce qui m'a semblé plus intéressant dans ce billet :

  • Cybersquared a découvert un serveur HFS qui servait à APT1 pour stocker du matériel d'attaque. En l'occurence, un fichier zip contenant un malware connu, cité dans le rapport de Mandiant, légèrement modifié, présentant un icône de document PDF, droppant un fichier PDF de diversion. Ce document de diversion est une invitation pour une conférence MODSIM 2013, une conférence plutôt intéressante pour des secteurs d'activité tels que l'industrie aérospatiale, la défense, etc.

La technique n'est pas nouvelle et habituelle pour ce groupe d'attaquants: infecter un poste en faisant croire à la victime qu'elle ouvre un document PDF. En fait, le binaire est exécuté, infecte la machine, et affiche un PDF réel.

  • Un autre PDF se trouvait dans l'archive, PDF légitime dérobé lors d'une attaque APT. Il est intéressant de constater, et ce n'est pas la première fois selon Cybersquared, que les attaquants utilisent des documents réels dérobés auprès de certaines cibles, pour se donner une apparence légitime dans d'autres attaques.
  • Une analyse sommaire de ce malware a été effectuée, je vous laisse la lire directement à la source.

Il me semble important de souligner qu'il existe des serveurs HFS dans la nature, qui hébergent du matériel d'attaque. Pourquoi stocker ce contenu en ligne et ne pas le conserver en local ? Probablement pour le partager plus facilement entre membres d'une équipe d'attaquants. Peut-être est-ce simplement la flemme (les geeks sont fainéants dirait le troll...) de créer des serveurs locaux non accessibles par Internet ? Ou alors est-ce parce que différentes personnes ne se trouvant pas au même endroit physique doivent y accéder ? Je penche pour la flemme d'attaquants se situant probablement dans un même batiment et stockant de la donnée accessible sur Internet sans vraiment s'en préoccuper.

Pour ce qui est du serveur de command&control (c&c ou encore c2) utilisé par le malware, downloads.zyns.com, il s'agit à nouveau d'un DNS dynamique permettant aux attaquants de changer d'adresse IP (et donc d'hébergement) facilement sans avoir à modifier leur malware.

La dernière adresse IP utilisée est 108.177.181.66 et pointe vers l'hébergeur Nobistech situé aux Etats-Unis. Cette adresse IP appartient à un range attribué à:

network:Org-Name:31dns network:Street-Address:QuJiangLu 183 Hao network:City:JingZhou network:State:HuBei network:Postal-Code:434000 network:Country-Code:CN

Hmmm, quelle surprise... ;-)

En creusant un peu plus profondément, on se rend vite compte que Nobistech héberge du contenu légal, mais aussi beaucoup de contenu illicite : téléchargement de jeux vidéos, jailbreak de téléphone, card sharing, pharmacie, et on peut supposer qu'on peut facilement y trouver pire. Certaines plages de Nobistech sont également connues et blacklistées pour des envois massifs de spam.

J'ai pu trouver 4689 domaines qui ont pointé vers cette plage d'adresses IP spécifique (108.177.180.0/22), et la plupart de ces domaines ne présentent pas de noms particuliers, beaucoup de domaines semblent créés avec des caractères aléatoires et ne présenter aucun contenu, ou un message d'erreur, ou encore une page de parking d'hébergeur.

Tous ces éléments m'encouragent à penser encore une fois que lorsque les attaquants "Comment Crew/APT1" choisissent un tiers pour héberger du contenu, il s'agit toujours d'hébergeurs à la moralité plus ou moins douteuse, voir carrément d'hébergeurs bulletproof.

Décidément, nos attaquants ont tout pour réussir: des outils qui fonctionnent plutôt bien, des utilisateurs ciblés qui ouvrent leurs pièces jointes (on ne peut pas leur en vouloir tellement les spear phishing sont bien faits ceci dit, nous sommes loin des e-mails non crédibles de phishing bancaire), et surtout, des sociétés qui ne veulent pas se donner les moyens d'avoir une sécurité informatique qui puisse lutter plus efficacement contre les APT.

Je vous laisse sur cette réflexion et cet article de DarkReading pour illustrer mon propos :-)