mercredi 5 mai 2010

Services Abuse : la nouvelle cible des cybercriminels

Au beau milieu des acteurs de la réponse à incident de sécurité informatique se trouvent les services "Abuse". La quasi-totalité des hébergeurs disposent d'un tel service, généralement joignable exclusivement par e-mail à "abuse@nomduFAI". Ces services travaillent sur des aspects techniques afin de faire respecter le bon usage de leurs services et de protéger les internautes de certaines menaces. Ainsi, parmi leurs missions les plus fréquentes on trouve en particulier le traitement des signalements des cas :

  • de sites illicites hébergés au sein de leur parc (qu'ils feront fermer/désactiveront) ;
  • de malware hébergés sur les sites web de leurs utilisateurs (qu'ils retireront) ;
  • de spams envoyés ou reçus ;
  • de compromission de serveurs ;
  • etc.

Ces services collaborent étroitement avec les équipes CERT ainsi qu'avec les services judiciaires afin de faire cesser au plus vite toute infraction.

Seulement voilà, il s'agit de...la théorie. Dans la pratique, les services abuse sont souvent lents, et relativement opaques. Malgré le fait qu'en France, ils aient l'OBLIGATION de faire retirer les contenus illicites dès qu'ils en ont connaissance, les délais d'intervention de ces services sont très variables. Les services abuse répondent souvent à un mail par un message automatisé, ou ne répondent pas du tout, et vous envoient un mail (ou pas) lorsqu'un incident est résolu. Parfois ils agissent sans fournir aucun retour, ou n'agissent tout simplement pas.

Du coup, le meilleur moyen de savoir s'il y a eu une action de leur côté est souvent de consulter régulièrement la page web à problème (dans le cas d'un site de phishing par exemple) jusqu'à la voir disparaître.

Les services abuse sont également les ennemis des cybercriminels. C'est le jeu, et ces derniers ont pour habitude de faire héberger leurs contenus frauduleux sur plusieurs serveurs différents, sachant pertinemment qu'ils seront fermés au fur et à mesure.

Récemment cependant, nous avons pu observer un nouveau type d'attaque ciblée de la part de certains cybercriminels. Ces derniers écrivent au service Abuse en se faisant passer pour un internaute ayant un problème de sécurité, un mail parmi tant d'autres à traiter... Ils prétextent avoir vu un site de phishing, et indiquent un lien vers une page frauduleuse que l'équipe de réponse à incident va consulter afin de vérifier la véracité des dires de l'internaute. Mais ce lien les dirige directement sur une page dont le seul but est... d'infecter le service Abuse avec un cheval de Troie !

Voici un exemple d'un tel e-mail :

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To: abuse@bank.com

Cc: fraud@bank.com; scams@bank.com; customersupport@bank.com; security@bank.com

Subject: Possible Fake Web Site

Hello, I just received an email stating it was from your bank and since I don't have any accounts with you I think this is a fake site. I just thought you might like to know someone is trying to scam your customers.

The email had the following link to your bank (link)

Thanks, I hope you catch the scammers.

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Les intérêts d'une infection d'un service abuse sont multiples mais je vois surtout les possibilités de :

  • disposer d'une porte dérobée au sein de l'entreprise, pour ensuite rebondir et compromettre d'autres machines de l'entreprise. Le fait qu'une adresse mail "abuse@fournisseurdacces" existe presque toujours y contribue ;
  • observer le mode de fonctionnement du service ;
  • usurper l'identité du service abuse afin de contacter d'autres services ou clients et les infecter avec des malware ;
  • espionner les mails parvenant au service abuse pour obtenir de l'information utile transmise par les clients (numéros de cartes bancaires, identifiants et mots de passe d'accès à des services, etc.).

Dans l'exemple réel que nous avons cité, et dans lequel nous avons évidemment changé les adresses pour respecter l'anonymat de l'établissement bancaire ciblé, vous pouvez voir en plus que les fraudeurs ont envoyé leur e-mail vers plusieurs services "à l'aveugle" : des adresses ayant des chances d'exister ont été ajoutées (security@, fraud@, customersupport@ ...).

Comme toujours donc, que vous soyez un particulier ou un professionnel de la sécurité informatique, la prudence est de mise. Favorisez les navigateurs exotiques, soyez toujours à jour au niveau de votre logiciel anti-virus, et soyez préparés à rétablir un système sain rapidement en cas d'infection.

Article également publié sur ZDNet et sur le blog du CERT Lexsi.