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mercredi 30 septembre 2009

Etude de réseaux d'affiliation : les Partnerka

Dmitry Samosseiko de Sophos s'est penché sur un type de cybercriminalité qui, bien que n'étant pas récent, n'a pas fait l'objet de beaucoup d'études quant à présent. Il s'agit du phénomène de l'affiliation.

Le principe est simple, et issu du marketing : des internautes disposant de sites web sont rémunérés par des sociétés d'affiliation ou des webmarchands afin de leur amener du trafic. Plus vous amenez de visiteurs à votre affiliant, plus vous gagnez d'argent.

Le hic, c'est que des cybercriminels utilisent l'affiliation de façon frauduleuse, et ce depuis plusieurs années, le phénomène n'étant pas nouveau mais faiblement documenté sur Internet.

L'étude de Sophos se concentre donc sur le déploiement de l'affiliation dans un cadre totalement illicite : l'affiliation vers des produits illégaux. En tête de liste, les sites de contrefaçons, qu'elles soient de produits pharmaceutiques (Viagra, Cialis, Levitra etc.), ou de produits de luxe (montres, sacs à mains etc.) ... D'autres sites ayant un fort besoin de trafic ne sont pas forcément illégaux mais encouragent des méthodes douteuses d'affiliation: casinos sauvages, sites pornographiques etc.

Et bien sûr, phénomène très en vogue ces derniers temps : les sites de "rogue anti-virus" ou "rogue AV".

Quoi qu'il en soit, même si certains sites sont à priori légaux, les méthodes déployées par les affiliés pour amener du trafic le sont moins :

  • Spam par milliards d' e-mails, avec un lien menant vers le site qui contient le numéro de l'affilié et lui permet d'empocher ses gains. Ces liens peuvent se présenter sous une forme très simple : un clic sur http://monsitepr0n.com/index.php?aff=123456789 indiquera au site monsitepr0n.com que le visiteur a été envoyé par l'affilié numéro 123456789 ... Cette méthode est de moins en moins déployée cependant, n'étant pas très discrète...
  • Malware de type chevaux de Troie (trojan) : l'utilisateur infecté effectue des recherches sur Google par exemple, et ne se rend pas compte que les résultats sont générés par le malware afin de pousser des liens vers les affiliants en premiers résultats...
  • Black-hat SEO (Search Engine Optimization) : Il s'agit ici de déployer un ensemble de techniques de SEO pour amener du trafic vers les affiliants : spams sur forums, Spamdexing, utilisation de divers logiciels de SEO, etc. Il n'est vraiment pas difficile de trouver des sites sur le sujet, avec forums, même en français ...
  • Génération de faux sites : les fraudeurs créent au moyen d'outils des sites qui référencent des mots-clefs très spécifiques amenant de nombreux visiteurs, et essayent de les pousser à cliquer sur n'importe quel lien, qui mène toujours à un affiliant... La méthode a en plus l'avantage de faire monter les sites affiliants dans les moteurs de recherche ...

L'exemple de GlavMed pris par Sophos est très intéressant : Glavmed fournit clef en main tout le nécessaire pour déployer un site de type "Canadian Pharmacy" rapidement ... Il ne reste plus qu'à générer du trafic, et par ici la monnaie...

J'en reste là, mais je vous encourage fortement à lire cette étude. Je m'excuse également de vous la signaler aussi tard (elle a été publiée il y a une bonne semaine) mais comme vous le savez je ne blogge que sur mon temps libre, et je n'en ai pas beaucoup en ce moment... D'ailleurs je me suis senti obligé de sacrifier ma pause déjeuner ce midi pour écrire ce petit post, j'espère que vous apprécierez ce geste à sa juste valeur ;-))

Plus sérieusement, cette étude a malheureusement été très peu relayée par les médias français. Il semble que la seule information qui ait été retenue et reprise soit le fait que chaque installation d'un malware sur Mac était rémunérée 0.43 $. Je trouve ça un peu dommage, pour un papier dont la lecture est aussi agréable et intéressante.

Enfin, si le sujet vous intéresse, notamment l'aspect pharmaceutique, je vous encourage si ce n'est déjà fait à lire les travaux de Guillaume Arcas dans MISC. Guillaume, que je salue au passage, a bien creusé le domaine, et apporte des éléments vraiment pertinents. Un must :-)

jeudi 27 août 2009

Etude Trend Micro : A Cybercrime Hub

Trend Micro a publié hier une étude passionnante intitulée "A Cybercrime Hub".

Cette étude nous présente une compagnie estonienne qui sous des apparences légitimes se trouvait être totalement illicite. Cette compagnie, dont le nom est tu par Trend mais qu'il est facile de découvrir en googlant un peu, existe depuis 2005. Ses principales activités sont l'hébergement de contenus web, la distribution de trafic web, et la publicité. Jusqu'en octobre 2008 environ cette compagnie était même agréée par l'ICANN pour enregistrer des noms de domaines Internet.

Les data-center de cette compagnie sont répartis partout dans le monde, sous forme de serveurs achetés ou loués, avec une prédominance aux Etats-Unis. Ainsi, lorsque l'un de ces data-center est fermé, comme ce fut le cas en 2008 à San Francisco (ça ne vous rappelle rien ?) il suffit de basculer ailleurs ... Et de tout remettre en route en quelques heures !

Le quotidien de cette entreprise est en fait entièrement orienté vers la cybercriminalité sous des formes de fraudes diverses et variées. La plupart des jeunes employés de la compagnie, pour la plupart des étudiants ayant une vingtaine d'années et habitant dans la région de Tartu en Estonie, utilisent toutes leurs compétences techniques pour fournir des services frauduleux.

Le document se focalise sur certains aspects techniques déployés par les cybercriminels :

  • Installation et utilisation de serveurs DNS frauduleux (dits "Rogue DNS Servers") depuis 2005. Le principe est simple et efficace. Il s'agit de déployer de multiples serveurs DNS sur Internet, qui présentent tous les aspects d'un serveur DNS légitime, mais dont le comportement est tout autre : chaque requête DNS qu'ils reçoivent renvoient vers des sites frauduleux en lieu et place de sites légitimes.
  • Infection de victimes par un malware de type "DNS Changer". Il s'agit du complément idéal d'un serveur DNS frauduleux : pour que les machines des victimes envoient leurs requêtes DNS vers les serveurs DNS frauduleux, il faut que la configuration de leur machine pointe vers eux. Le malware change la configuration des victimes, qui n'y voient que du pare-feu. Du coup, leurs requêtes DNS légitimes se voient obtenir des réponses telles que souhaitées par les fraudeurs : redirection vers des sites hébergeant d'autres malware, vers des sites de phishing, etc.
  • Détournement des publicités dans les pages web du navigateur de la victime. La plupart des publicités que vous voyez sur Internet lorsque vous naviguez sont en fait hébergées par des tiers. Du coup, les fraudeurs ont pensé à détourner cette caractéristique, de façon transparente pour la victime infectée: alors qu'elle navigue tranquillement sur des sites de confiance, les publicités de ces sites (souvent des "Google ads") sont remplacées par des publicités de sites gérés par les fraudeurs. On pense ici en particulier à la contrefaçon pharmaceutique.
  • Installation de faux anti-virus (dits "Rogue AV") sur la machine de la victime. Les victimes allant vers certains sites contrôlés par les fraudeurs, notamment pornographiques, voient leur accès refusé sous prétexte d'être infectés par un malware. En fait, il s'agit d'un message placé par les fraudeurs eux-même. Le message est suivi d'une proposition de téléchargement d'un logiciel anti-virus. En juillet 2009, environ 100 000 machines se sont connectées sur l'un de ces sites, selon Trend Micro. Bien sûr, l'anti-virus proposé n'est autre... qu'un autre malware. S'il décide en plus de payer la license pour ce prétendu anti-virus, devinez qui récolte l'argent ? Eh oui, ces cybercriminels sont partout...
  • Détournement des requêtes Google des utilisateurs infectés : cette technique donne l'impression à l'utilisateur d'obtenir des résultats Google totalement cohérents, alors qu'en fait ils ont été manipulés par les fraudeurs.

Le papier de Trend Micro nous montre une structure élaborée, avec un intranet particulièrement bien conçu pour être déplacé régulièrement, sans trop entrer dans les détails techniques. La compagnie estonienne dispose de fortes compétences techniques, et sait les déployer et s'en servir de façon efficace. Leur niveau technique est impressionant, mais ce qui m'impressionne surtout, c'est cette capacité à toujours être innovant en termes de cybercriminalité. En seulement 4 ans, cette société a déployé des trésors d'imagination pour générer un maximum de profit.

Les "busts" récents sur un certain nombre d'hébergeurs bulletproof, non pas effectués par les services de Police mais par la communauté de la sécurité informatique et de la cybercriminalité, n'ont finalement eu pour effet sur le long terme que de rendre les cybercriminels plus méfiants, et plus prévoyants : s'attendant à se faire fermer à tout moment, ils sont capable d'apparaitre ailleurs très rapidement. On ne peut que craindre une augmentation de ce type de malveillances, tant que les législations internationales ne seront pas améliorées pour permettre aux forces de l'ordre de migrer ces fraudeurs vers une cellule bulletproof. :-)